Au revoir Professeur Amos Durosier!

Publié le 2020-04-08 | Le Nouvelliste

L’éminent professeur de sciences économiques Amos Durosier, adulé et respecté de tous ses étudiants, est parti pour l’éternité le mercredi 8 avril 2020 à 4 h 30 du matin. Il était âgé de 79 ans et supportait courageusement une maladie depuis environ trois ans.

Né au Cap-Haïtien le 14 janvier 1941, il fut licencié en droit à la Faculté de droit et des sciences économiques (FDSE, 1970-1974) de l’Université d’État d’Haïti et en théologie à l’Université Saint Paul à Ottawa (1964-1967). Il fut prêtre catholique pendant plus d’une dizaine d’années.

Amos Durosier a passé toute sa vie à enseigner avec le même enthousiasme. Son réflexe de prêtre le portait à considérer ses jeunes étudiants comme ses enfants. Il était d’ailleurs directeur du collège Notre-Dame de Lourdes à Port-de-Paix où il officiait comme prêtre. Puis, il est parti au Canada où il continuait d’exercer la prêtrise pendant qu’il faisait sa maîtrise en sciences économiques à l’Université de Montréal. Mais il allait abandonner le célibat et ainsi les ordres en se mariant avec Arlette le 4 juin 1976. Ils ont eu quatre enfants : Daniel, Paul-Alain, Pascale et Alexandre. Mais il prenait toujours le soin de rappeler « qu’on est prêtre pour la vie ».

Il enseigna le cours d’économie du Québec à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM). Paul-Martel Roy était à l’époque directeur du département des sciences économiques de l’UQÀM de 1977 à 1980. C’est lui qui avait embauché Amos Durosier comme chargé de cours. Il se souvient encore que ce dernier hésitait à dispenser le cours d’économie du Québec qui n’était pas de sa spécialité. Le professeur Roy l’avait convaincu que c’était la meilleure façon de maîtriser l’économie québécoise. Finalement, il avait assuré le cours avec succès. Amos et Paul-Martel sont restés amis depuis cette date. Le professeur Roy, aujourd’hui retraité, a d’ailleurs reçu la nouvelle avec beaucoup de peine.

Amos Durosier est retourné en Haïti en 1980 et a participé en 1983 à la création du Centre de techniques de planification et d’économie appliquée (CTPEA). De 1983 à 1986, il fut directeur général de l’Administration générale des contributions qui va devenir la Direction générale des impôts (DGI). Pendant environ 10 ans, il fut directeur général de l’Association pour la promotion de la famille haïtienne (Profamil), une organisation non gouvernementale à but non lucratif qui offre à la population haïtienne des services en santé sexuelle et reproductive.

Le professeur Durosier fut le premier directeur général de l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC), d’octobre 2004 à février 2012. Depuis, il s’adonnait complètement à l’éducation supérieure, notamment comme doyen de l’IHECE. Il traitait toujours ses étudiants avec respect et équité. Il encadra un nombre impressionnant de mémoires de sortie sans jamais se faire prier. Il était offusqué d’apprendre que certains de ses collègues professeurs exigeaient de l’argent des étudiants pour encadrer leur mémoire de sortie. Il était à la recherche d’opportunités d’emploi et de bourses d’études pour ses meilleurs étudiants. Sans rien exiger en retour. Sa fierté était de voir briller ses anciens étudiants à l’étranger et dans de grandes institutions.

Il ne refusait pas de lettre de recommandation à ses anciens étudiants. La seule chose qu’il exigeait d’eux était l’intégrité. Il se sentait mal quand un de ses anciens étudiants ou collaborateurs commettait des actes reprochables. L’honnêteté et l’intégrité furent les piliers de sa vie. Même s’il avait occupé des postes importants durant sa carrière, il n’utilisa jamais ses fonctions pour s’enrichir de façon illicite. Les étudiants qu’il encadrait venaient chez lui à Fontamara comme dans une bibliothèque. D’une promotion à l’autre. C’est le symbole d’une génération de serviteurs publics intègres qui s’en va sans tambour ni trompette. Avant lui, il y avait Henri Bazin et Rémy Mathieu, deux de ses amis et collaborateurs.

Fiston, il m’appelait. J’ai été son assistant professeur. Et quand il devait s’absenter, entre 2005 et 2006, pour une tournée dans la Caraïbe comme responsable du Rotary Club International, c’est moi qui tenais ses cours de macroéconomie et d’économétrie à la Faculté de droit et des sciences économiques (FDSE), au Centre de techniques de planification et d’économie appliquée (CTPEA) et à l’Institut des hautes études commerciales et économiques (IHECE). Il était très fier d’avoir révolutionné l’enseignement de l’économétrie en Haïti.

Auparavent, il enseignait le cours d’économie haïtienne à l’Institut national d’administration, de gestion et des hautes études internationales (INAGHEI) et à la Faculté de droit et des sciences économiques des Gonaïves. Avec le temps, il avait passé ses différents cours à ses anciens étudiants qui revenaient des études à l’étranger.

Bon voyage, professeur Amos Durosier ! Tu as formé tellement de générations ! Tu peux partir maintenant en paix. Tu resteras éternellement dans la mémoire de tant de professionnels haïtiens. Nos condoléances émues s’adressent à toute la famille, sa femme Arlette et ses enfants : Daniel, Paul-Alain, Pascale et Alexandre !

Thomas Lalime
thomaslalime@yahoo.fr

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